Népal : la misère des jeunes Népalais

IMG_7344« Hindouisme, Bouddhisme, Tourisme. » Cette trinité un peu farfelue résonne souvent dans la bouche des guides de treks népalais de Katmandou. Elle résume la réalite sociale du pays. Les Népalais se reposent en effet beaucoup sur la religion pour accepter leur sort et le tourisme y est associé tant il est synonyme de salvation pour beaucoup de travailleurs. Entre religion et tourisme il n’y a pas grand chose. L’Etat est absent en raison d’une grande instabilité politique depuis la fin de la guerre civile qui a frappé le pays de 1996 a 2006 faisant près de 14 000 morts.

Résultat, le chômage touche quasiment un travailleur sur deux et il est très dur de sortir de la pauvreté. Beaucoup de jeunes Népalais tentent donc de quitter le pays pour aller travailler en Australie, Corée du Sud, Japon ou Royaume-Uni. Problème, le visa coûte une fortune : environ 15 millions de roupies népalaises, soit 150 000 euros. En résumé, à moins d’être « fils de… » ou de pouvoir justifier d’une mini fortune personnelle, il est quasiment impossible de quitter le pays pour aller tenter sa chance à l’étranger. Les jeunes étudiants de Katmandou ou de Pokhara sombrent donc vite dans le désespoir et beaucoup de témoignages rapportent une forte consommation de drogues dans le milieu étudiant. Ce qui n’est pas étonnant tant il est facile de s’en procurer dans les rues des villes ou dans les montagnes, véritable sanctuaire où la « marijuana », comme on dit ici,  pousse partout.

Difficulté supplémentaire pours les jeunes népalais, ils doivent prendre en charge leurs parents jusqu’à leur mort. Rares sont donc ceux qui quittent le domicile parental avant le mariage et pour beaucoup de ceux qui veulent étudier ils doivent se trouver un petit boulot car leurs parents ne peuvent pas les aider. Et pour ceux qui arrivent a obtenir un diplôme il est ensuite très difficile de trouver du travail. Pour incarner cette situation, nous avons rencontré un jeune étudiant népalais en fac de commerce, Tuk, 22 ans, qui finance ses études grâce à son travail de porteur lors de treks dans les Annapurna.

Tuk, 22 ans, etudiant en fac de commerce a Pokhara er porteur. Avril, 2013

Tuk, 22 ans, etudiant en fac de commerce a Pokhara et porteur. Avril, 2013

 » Un salaire ici permet juste de survivre »

Quelles sont les principales difficultés pour les jeunes népalais aujourd’hui?
Tuk : « Le manque d’opportunités, spécialement pour les castes inférieures. Pour cent offres d’emplois il peut y avoir jusqu’à 50 000 candidatures. Et pour y arriver, il faut faire des études ou connaître quelqu’un, le népotisme est présent a tous les niveaux ici. Mais la génération de nos parents n’a pas fait d’études, beaucoup sont fermiers ou agriculteurs comme mes parents. Dans mon village, personne ne fait d’études car personne ne croit en eux. Et ceux qui n’ont pas d’études vivent en grande difficulté. Un salaire ici permet juste de survivre. C’est pour cela que 90% des jeunes essayent de quitter le pays avec des visas étudiant mais en réalité ils partent pour travailler et très peu y arrivent. »

Quelles solutions ont les jeunes pour s’en sortir?
« Moi j’ai choisi de rester et d’étudier plus par plaisir d’apprendre que pour trouver un job. J’ai bien évidemment aussi besoin de travailler mais c’est pour survivre pas pour économiser. J’ai donc choisi le trekking car c’est ma passion. J’aime voyager, rencontrer des gens et découvrir de nouvelles choses. Mais c’est un secteur très difficile. Les places sont rares car la concurrence est inégale. On trouve des porteurs qui acceptent d’être payés 800-900 roupies par jour (8-9 euros), c’est impossible pour moi d’accepter. Autre difficulté, la saison des treks ne dure que 4 mois. Je n’ai donc pas de travail 8 mois par an. Pour pallier cela j’envisage d’ouvrir un petit café avec mon petit frère. »

Quels sont tes rêves pour le futur?
« Etre guide de trek. Rencontrer des gens du monde entier et leur raconter mon pays. Quand j’aurais terminé mon Bachelor je suivrai une formation pour obtenir ma licence de guide. C’est vraiment ma passion, je ne veux pas rester derrière un bureau toute ma vie. Après ça, je réessaierai de partir a l’étranger pour gagner de l’argent et le réinvestir ici. J’aimerais participer à des projets de développement pour aider les gens. Ca m’inspire et me motive beaucoup. »

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Le test de la semaine : passer le diplôme de plongée PADI Open Water

Votre humble serviteur avant sa première plongée. El Nido, Philippines. Mars 2013

Votre humble serviteur avant sa première plongée. El Nido, Philippines. Mars 2013

Que ressent-on quand on respire sous l’eau? Est-ce angoissant ou au contraire apaisant? Y a-t-il des risques et lesquels sont-ils? Est-ce que c’est dur physiquement? Autant de questions que l’on peut se poser et qui peuvent parfois freiner l’envie de se jeter sous l’eau. Pourtant la plongée c’est facile, ça détend mais c’est vrai que c’est fatiguant et les risques sont très faciles à prévenir.

Pour cela la méthode PADI (Professional Association of Diving instructors) est très bien faite, très rapide et très simple. En seulement trois jours on peut obtenir le premier niveau de plongée le fameux « Open Water ». Sésame vers un autre monde encore méconnu, immense et merveilleux. Avec ce diplôme reconnu dans le monde entier, sauf la France qui a un système un peu différent puisqu’elle a inventé la plongée sous-marine, on peut déjà plonger jusqu’à 18m.

La formation
« Meet people, Go places, Do things » (Rencontrer des gens, aller à des endroits, faire des choses). Tel est le slogan très américain de PADI. Heureusement la formation est meilleure que la com. Trois jours suffisent pour apprendre la théorie. On vous donne un manuel illustré en cinq chapitres très accessible et qui se lit assez vite. Vous visionnez un DVD qui illustre les cinq chapitres et le formateur vous fait faire une série d’exercices sous l’eau en quatre plongées pour vous apprendre le fonctionnement des déplacements sous l’eau et surtout quoi faire en cas de panne d’air (ce qui ne doit normalement jamais arrivé).

On a retrouvé Nemo

On a retrouvé Nemo

L’essentiel à retenir
La règle la plus importante en plongée est de ne « jamais retenir sa respiration et de respirer continuellement et profondément »(*cf. notre interview d’expert plus bas). Ensuite il faut juste apprendre à équilibrer les voies aériennes du corps. Ce qui signifie de compenser la pression extérieure de l’eau dans les oreilles et les sinus en se pinçant le nez et en soufflant légèrement par le nez avant de continuer à descendre. La règle veut que l’on « équilibre » à chaque mètre. Un geste simple et qui évite de s’exploser un tympan. A la remontée, la seule chose à faire est de nager doucement. Pas plus de 18m en une minute. On fait cela pour laisser le temps à l’azote emmagasiné de s’échapper du corps car à haute dose (à partir de 30m) il devient toxique (anarcose à l’azote), mais aussi pour laisser le temps aux sinus et aux oreilles de se remettre à la pression normale soit 1 bar.

Un requin renard, il assomme ses proies avec sa queue

Un requin renard, il assomme ses proies avec sa queue

Après cet apprentissage, c’est que du bonheur. Un nouveau terrain de jeu s’ouvre et chaque centimètre de corail peut cacher une merveille ou un poisson toxique qui peut vous tuer. Mais pas de panique, on vous apprend également à adopter un comportement passif sous l’eau et à ne toucher qu’avec les yeux. Et pour ceux qui ne savent pas nager, bonne nouvelle, cela ne vous empêchera pas de plonger.

De la theorie a la pratique
Si la theorie est assez simple a assimiler, le rythme est tout de meme soutenu. Lire le bouquin apres une journee de plongee n’est pas evident et certains exercices sous l’eau encore moins et demandent du sang froid. On apprend notamment a faire confiance a son binome en retirant son detendeur (arrivee d’air dans la bouche) pour respirer sur sa source d’air de secours (appelee aussi Octopus en raison de sa longueur). Il faut egalenent etre capable de retirer sa ceinture de lest et de la remettre. Un conseil, ne faites pas comme moi et ne la lacher pas, sinon vous remontez a la surface comme une balle et ca peut faire mal aux oreilles. Autre difficulte, la remontee en surface d’urgence controlee. Cette manoeuvre n’est possible qu’a une profondeur inferieure a 9m. C’est un moyen sur de remonter a la surface a condition d’expirer pendant toute la remontee. On y arrive pas forcement du premier coup… Rester en flottabilite neutre (la masse d’eau deplacee est egale a votre poids) n’est pas evident non plus, mais c’est indispensable pour se deplacer sans efforts sous l’eau. Car se mouvoir sous l’eau fatigue sans que l’on s’en apercoive. C’est pour cela que l’on voit toujours les plongeurs aller doucement. D’ailleurs la duree d’une plongee depasse rarement les 60 minutes. Entre le poids du lestage et de la bouteille, de la nage, de la respiration a un rythme nouveau, et des esquives face aux petits poissons qui se comportent comme des racailles en defendant leur territoire, on finit sur les rotules.

DR

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La defonce a l’azote
Nous avons egalement decouvert que de nombreux plongeurs etait addict a l’azote (present a 79% dans l’air contenu dans les bouteilles). Apres une plongee de debutant on ressent deja une legere euphorie. Mais au-dela de 30m les plongeurs sont stones et ils aiment ca. Beaucoup n’hesitent d’ailleurs pas a boire ou a fumer de l’herbe la veille de la plongee pour augmenter les effets de ce que l’on peut veritablement appeler la defonce a l’azote. Un effet qui s’intensifie encore lorsque l’on plonge avec du nitrox. Un melange ou l’oxygene est en proportion plus importante. Les plongeurs font cela pour aller plus profond et rester plus longtemps sous l’eau. Mais avec la pression l’oxygene developpe aussi des proprietes toxiques qui defoncent.

L’INTERVIEW DE L’EXPERT

Natalia S. Andreeva, monitrice de plongée à El Nido, Philippines. Mars 2013

Natalia S. Andreeva, monitrice de plongée à El Nido, Philippines. Mars 2013

« Ne retenez jamais votre respiration et ne faites pas de rodéo sur les tortues »
Trois questions à Natalia  S. Andreeva, monitrice de plongée chez Tabanka Divers à El Nido, Philippines, pour parler des risques en plongée et comment les prévenir.

Quels sont les principaux risques en plongée sous-marine?
« Ce qui peut arriver de pire c’est l’accident de décompression (ADD) et la surpression pulmonaire. L’ADD survient lorsque l’on descend trop profond, que l’on emmagasine donc trop d’azote et que l’on remonte trop vite. L’azote forme alors des bulles qui peuvent aller dans le sang ce qui provoque une embolie gazeuse. Celle-ci peut alors se déplacer dans les poumons ou le cerveau entraînant des blessures pulmonaires voire la mort. La surpression pulmonaire quant à elle intervient lorsque que l’on retient sa respiration sous l’eau. A la remontée, l’air des poumons se dilate en raison de la diminution de la pression et prend plus de place. Si l’on n’expire pas, les poumons peuvent éclater comme un ballon de baudruche. Mais en règle générale on risque plus d’être piqué par une méduse, de s’écorcher sur les récifs ou d’attraper un coup de soleil sur le bateau. »

Comment peut-on éviter ces risques?
« Ces accidents sont très rares et très faciles à éviter si vous suivez les règles. Tout d’abord, il ne faut pas aller plus profond que vous ne pouvez et toujours regarder son ordinateur de plongée pour ne pas dépasser la profondeur limite. Ne plongez jamais seul et rester proche de votre binôme. Pensez également à ne jamais plonger si vous avez un rhume ou du mal à respirer. Cela rendrait l’équilibrage des voies aériennes compliqué. Assurez-vous que le matériel utilisé est en bon état, hydratez-vous bien et n’oublier pas la crème solaire. Enfin, ne buvez pas d’alcool, ne fumer pas et ne consommer pas de drogues avant de plonger. Et surtout, NE RETENEZ JAMAIS VOTRE RESPIRATION et ne faites pas de rodéo sur les tortues! »

Pourquoi avez-vous choisi ce métier?
« Quand je plonge je me sens en paix. On se sent comme en apesanteur. Et puis c’est magnifique de voir toutes ces couleurs et ces animaux si étonnants et parfois bizarres. On a aussi l’occasion de rencontrer des gens du monde entier, ouverts d’esprit et qui ont envie de partager. »

Pour en savoir plus : 
Le site internet de PADI
La page Facebook de Tabanka divers El Nido

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Sapa : les femmes des rizières

Les "marcheuses" de Sapa au milieu des rizières - Viêt Nam, février 2013

Les « marcheuses » de Sapa au milieu des rizières – Viêt Nam, février 2013

Un dicton asiatique sur le riz dit que les Thaïlandais le vendent, les Cambodgiens le regardent pousser et les Vietnamiens le cultivent. Un dicton qui se vérifie très facilement lorsque l’on traverse le pays de « l’oncle Ho ». Tout le territoire est recouvert des fameuses rizières en terrasse qui donnent l’impression au voyageur en train de traverser un océan vert clair en bateau.

Mais le véritable grenier à riz du Viêt Nam se situe dans le nord, dans la région de Sapa. Une vallée verdoyante où l’on croise des buffles, des coqs, des cochons, des chapeaux coniques à chaque étage des rizières et surtout des femmes qui marchent. Elles sont le véritable visage de la région. Bariolé, souriant, mais les traits tirés par les heures de marche dans la montagne. Chacune porte les couleurs de son ethnie. 54 au total au Viêt Nam. Les plus célèbres étant les Hmong, « les montagnards », comme ils s’appellent eux-mêmes, ce peuple venu du sud de la Chine. Nous avons voulu les rencontrer lors d’un trek pour tenter de pénétrer le coeur rural et culturel du pays.

Grâce à l’association O’Chau que je recommande à tout voyageur souhaitant se rendre à Sapa, nous avons réalisé une randonnée pédestre de deux jours et une nuit et nous avons été hébergé chez l’habitant. Plus précisément chez Mai, dans le village de Lao Cai à quelques kilomètres seulement de la frontière chinoise. Une femme douce et souriante qui vit avec ses quatre enfants et qui nous a ouvert sa maison avec beaucoup de générosité.

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Notre hôte Mai (gauche) et notre guide Su (droite)

« Mo-Ha-Ba-YO! »
C’est incontestablement chez Mai que nous avons goûté à la meilleure cuisine de tout le pays. « Il faut tout manger sinon demain il ne fera pas beau ». On s’exécute. Les baguettes passent du poulet, au porc, au tofu, aux légumes, aux french fries dédiées aux invités et surtout aux meilleurs nems que j’ai jamais mangé. Le secret? Une pointe de coriandre. Délicieux. Et pour finir, comme tout hôte qui se respecte, Mai nous a arrosé toute la soirée à l’alcool de riz. 15 shots chacun en chantant à chaque fois le « santé » vietnamien « Mo-ha-ba-YO! » « Il faut finir la bouteille sinon demain il ne fera pas beau ». La crainte du mauvais temps fait vraiment des merveilles ici.

IMG_6881Les « followeuses »
C’est ainsi que l’on pourrait surnommer les nombreuses femmes qui traversent en petits groupes de deux ou trois, sac en osier sur le dos, ces rizières du matin au soir à la recherche de touristes à suivre.  En échange de leur aide pour franchir les passages compliqués recouverts de boue où nombre de voyageurs se ramassent, elles espèrent vous vendre quelques objets d’artisanats à votre arrivée. C’est le seul moyen pour ces femmes de gagner un peu d’argent. C’est d’ailleurs comme ça qu’a commencé notre guide Su. « Je vendais les pochettes en tissu que fabrique ma mère au marché de Sapa ». Mais à la différence des autres femmes, Su a appris l’anglais au contact des touristes et a pu devenir guide. Elle gagne un peu plus et projette d’aménager sa maison en « Homestay » (auberge) comme sa cousine Mai.

Des hommes invisibles
Les hommes quant à eux sont presque invisibles dans la région. Ils travaillent toute la journée dans les champs ou transportent à mains nues des troncs d’arbres, au risque de tomber bien souvent, pour les vendre. Invisibles également car ici on se marie très, voire certainement trop tôt. Comme dans beaucoup de régions pauvres du monde, le mariage d’une fille rapporte de l’argent et permet parfois de sortir une famille de la pauvreté. On n’hésite donc pas à marier les filles dès l’âge de 12-13 ans. Et pour une femme courageuse et travailleuse comme Su, un mari n’a pas grand intérêt à part qu’il conduit. Mai, elle, a perdu son mari et vit seule depuis avec ses enfants et son vieux père qui lui donne un coup de main. « Je ne veux pas de petits copains », dit-elle résignée et triste. L’amour et les rires semblent brefs dans ces rizières. La vie est dure mais personne ne se plaint. Ici on marche et on ne s’arrête pas.

Diaporama : Sapa et ses rizières

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Touich Restaurant : un tremplin professionnel pour les jeunes Cambodgiens

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Touich (à droite) accompagnée de toute son équipe, Siem Reap, février 2013

« Ma femme aurait rêvé d’avoir un plus grand accès à l’éducation et à l’information quand elle était jeune. On a donc décidé de monter un restaurant de cuisine familiale khmer pour financer des études de jeunes en reconstruction. » Le rêve de Sobey et sa femme Touich (proncez « Touille ») est aujourd’hui devenu une réalité pour plus d’une vingtaine de jeunes Cambodgiens vivant à Siem Reap, la ville de départ pour visiter les temples d’Angkor. Certains ont déjà intégrés la vie active dans des hôtels de luxe ou des restaurants de Phnom Penh et gagnent près de cinq fois le salaire mensuel moyen cambodgien (60 à 70 $). Les autres sont encore en formation sous les yeux attentifs d’un couple devenu leur bonne étoile et qui les considèrent comme leurs propres enfants.

Une formation en alternance à temps plein…
Malgré le côté très paternaliste de Sobey et sa femme, qui hébergent tous ces jeunes, leur vie est encadrée d’une rigueur proche de celle d’une vie de caserne. Tous les matins, le réveil sonne à 5h tapante. La journée commence alors par faire son lit correctement, nettoyer les chambrées et la préparation impeccable du petit-déjeuner. « C’est la clé de leur succès, explique Sobey : la rigueur ». Ensuite les plus jeunes vont au collège et les autres à l’université où ils mènent des études ambitieuses allant du droit à la finance, en passant par la comptabilité ou le tourisme. Et pour intégrer ce programme, tous se sont engagés à obtenir un diplôme de niveau Master 2. « C’est la règle », précise Sobey.

… qui debouche sur un emploi
Quand tout le monde est rentré à la maison, les cours continuent avec le maître des lieux. Au programme : culture générale, savoir-vivre et français. Un plus dont ces jeunes peuvent bénéficier grâce à Sobey qui a passé du temps en France où il s’est formé au management et à la cuisine. Après le repas et un court repos, les jeunes suivent des cours d’anglais dans une école tenue par des moines. Là encore, rigueur. Et enfin, à partir de 18h, selon la spécialisation de chacun : mise en place du restaurant, réception des clients, service en salle et cuisine. Fin de journée : 23h, coucher : minuit. Et ce, 7 jours sur 7, mais avec tout de même quatre semaines de vacances et des days off. « Un gros rythme je le sais, concède Sobey, mais c’est le seul moyen pour eux d’y arriver. » Et ça marche. Depuis le lancement du projet en 2007, dès qu’il y a une opportunité de travail les recruteurs viennent directement de Phnom Penh pour embaucher les jeunes de Touich et Sobey. Un énorme succès pour des jeunes en reconstruction et revenus parfois de loin.

60% des bénéfices financent l’éducation des jeunes
Cette initiative est financée par les bénéfices que dégage le restaurant de Touich qui y consacre 60% des recettes. Les jeunes du programme sont ainsi nourris, logés, suivent une formation universitaire et/ou professionnelle et perçoivent un salaire entre 40 et 200$ selon leur âge. Si vous voulez participez à ce projet et que vous aimez le tourisme (inter)actif, Sobey propose également aux touristes des virées dans sa Jeep de 1964, tout droit sortie d’un film de guerre, pour leur faire découvrir les environs de Siem Reap. « C’est un bon moyen d’entrer en relation directe avec la population locale et de participer à la vie d’un village », explique-t-il. Vous pourrez ainsi apprendre à faire du sucre, donner un cours de français dans une école ou comme c’est arrivé à une sage-femme en visite : accoucher une femme en urgence et sans matériel. Souvenirs mémorables garantis.

Pour en savoir plus : le blog du Touich Restaurant et la page Facebook 

Sunny, 21 ans : « Je suis la première à faire des études dans ma famille »
Sunny« Je suis très heureuse de faire partie de ce programme car cela me permet de faire des études et d’accéder plus tard a un meilleur statut. J’ai commencé en 2010 comme serveuse et aujourd’hui je suis chef de salle. En parallèle je suis en première année d’études de banque à la fac. J’ai choisi cette filière car il est facile pour une femme de trouver du travail dans ce secteur et c’est très bien vu. C’est une grande fierté pour moi car je suis la première à faire des études dans ma famille et mon salaire me permet de les aider. J’ai huit frères et soeurs. Les journées sont longues et parfois je suis très fatiguée mais je tiens car je pense à mon avenir. C’est très important pour moi. Je veux m’insérer dans la vie professionnelle afin que le regard sur ma famille change et gagner le respect de la société. »

Yorl, 27 ans : « Je veux devenir chef de province pour sortir le Cambodge de la pauvreté »
IMG_6516« Quand j’ai rencontré Sobey, je ne trouvais pas de travail. Mon père avait même dû vendre son petit bout de terrain pour vivre. Mais en 2007, j’ai participé au lancement du restaurant avec ma soeur Touich et Sobey. Depuis je touche un salaire qui me permet de payer mes études de droit dont les frais de scolarité varient entre 370 et 500$ par an. Ca a changé ma vie. Je peux étudier et aider ma famille à présent, ca me fait du bien. J’ai choisi le droit car je veux protéger ma famille. Si on ne connait pas ses droits on peut se faire écraser. Quand j’aurais terminé mes études d’ici un an, je veux devenir fonctionnaire et prétendre plus tard au poste de chef de province. J’espère ainsi pouvoir aider les gens en faisant construire des routes, des ponts et améliorer le niveau d’éducation actuel. Sans cela les Cambodgiens ne pourront jamais sortir de la pauvreté. »

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Mourir à Varanasi : le rituel de la crémation

Manikarnika Ghât et ses bûchers depuis un bateau, seul moyen de photographier le site

Manikarnika Ghât et ses bûchers depuis un bateau, seul moyen de photographier le site

Voir Varanasi et mourir. « Bénarès » comme l’appelait les Anglais qui avaient déjà à cette époque des difficultés en langues étrangères, est l’équivalent du Vatican ou de La Mecque pour les hindous. Ce plus grand lieu  sacré de l’hindouisme attire chaque année trois à quatre millions de pèlerins venus de toute l’Inde. Soit pour se livrer aux ablutions rituelles dans le Gange censées laver de tous les péchés accumulés dans leurs vies passées, soit pour mourir. Dans la croyance hindoue, mourir à Varanasi permet d’en finir avec le cycle des réincarnations (le samsara) et d’atteindre la moksha (l’équivalent du nirvana pour les bouddhistes). Les Indiens viennent donc mourir en masse à Varanasi. Les volontaires qui gèrent le site des crémations, Manikarnika Ghat, situé au bord du Gange, estiment entre 200 et 300 le nombre de crémations quotidiennes, autant dire qu’il est possible d’en voir 24h/24.

Il existe donc un véritable rituel auquel se livrent les familles des défunts. Une cérémonie qu’il est strictement interdit de photographier, sauf autorisation spéciale, mais à laquelle il est tout de même possible d’assister. Des guides volontaires sont d’ailleurs là pour tout vous expliquer en échange d’un don pour aider les familles les plus pauvres à acheter les 200 kilos de bois nécessaires à la crémation d’un corps. Si venir voir une incinération peut paraître étrange, déplacé ou voyeur pour un occidental, ici les hindous n’y voient aucun inconvénient. Ils estiment qu’il est logique qu’un étranger s’intéresse et veuille apprendre leur culture. Une ouverture d’esprit qui m’a beaucoup frappé car je pense qu’aucun occidental n’apprécierait de voir un touriste se balader à l’enterrement d’un membre de sa famille.

Le rituel de la crémation
Ici, la crémation d’un mort ne se résume pas à l’allonger sur un tapis roulant, appuyer sur un bouton et ressortir quelques minutes après avec une urne tiède. C’est un rituel sacré et codifié qui demande à la famille une véritable participation. A noter que six catégories de personnes considérées comme sacrées ne sont pas incinérées mais directement remis au Gange. Il s’agit des nouveaux-nés, femmes enceintes, vaches, lépreux, sâdhus (saint homme) et les victimes de morsures de cobras. Tout commence par un bain dans le fleuve. On y plonge le corps du défunt drapé d’un linceul coloré et recouvert de fleurs puis on le laisse sécher. On prépare ensuite le bûcher de 200 kilos à 250 roupies le kilo (3,5€), une véritable fortune pour de nombreuses familles. Bon nombre d’entre elles n’arrivent d’ailleurs pas à se procurer la quantité de bois suffisante pour alimenter le feu pendant les trois heures que dure la crémation et sont donc obligées de rejeter des parties entières du corps du défunt dans le Gange.

Pendant que le bûcher est mis en place, le fils aîné, l’oncle ou le frère du défunt doit se préparer d’une manière bien particulière car son rôle est très important et plutôt dur… Tout d’abord il doit s’habiller en blanc. Il rase ensuite ses cheveux, sa moustache et/ou sa barbe. Il ne peut garder qu’une toute petit mèche derrière le crâne. Puis, le corps est délicatement placé sur les bûches. Il entame alors cinq à dix tours autour du défunt en récitant des mantras (littéralement : « outils de protection de l’esprit »). Puis vient le moment le plus brutal pour nous Occidentaux. Le fils aîné fracasse le crâne du défunt à cinq reprises avec une hachette. Cet acte d’une violence inouïe a deux raisons. L’une, très spirituelle, est de permettre à l’âme de sortir du corps et de monter au ciel, l’autre, beaucoup plus pragmatique, faciliter la crémation du crâne. Ce n’est qu’après tout ce rite que l’homme de la famille embrase le bûcher à l’aide du « feu qui ne s’arrête jamais », le Maha Shmashan Puri. Un feu sacré entretenu d’après la légende depuis 3 500 ans, Varanasi étant l’une des plus ancienne ville du monde. Et contrairement à ce que l’on peut lire dans certains guides de voyage, aucune odeur de « chair rôtie » ne se dégage des corps en combustion. Simplement beaucoup de fumée et une intense chaleur lorsque l’on passe à proximité.

Ce qu’il reste du corps est enfin plongé dans le Gange où, rappelons-le, des dizaines de milliers d’Indiens se lavent et font leur lessive tous les matins. Un risque sanitaire dont beaucoup se moquent tant ils sont convaincus que les eaux du fleuve sacré les protègent de tout. Un paradoxe et un désastre qui résume à lui seul la complexité et la beauté de l’Inde.

Voir aussi : Diaporama de Varanasi la nuit

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Leelou, chamelier, nous fait découvrir sa « Desert Life »

Leelou, chamelier dans le désert du Thar

Leelou, chamelier dans le désert du Thar

« No hurry, no worry. No curry, no chai (thé). No woman, no cry. » C’est ainsi que Leelou, chamelier de 26 ans, résume sa vie paisible dans le désert du Thar à quelques kilomètres de Jaisalmer (ouest du Rajasthan, à 85 km de la frontière pakistanaise). Vêtu d’un jean bleu clair, d’un chapeau bleu foncé et de sa veste plus très blanche de mariage, Leelou ne ressemble pas à l’image que l’on a d’un homme qui vit dans le désert. Il en a pourtant tous les attributs. Il connaît le désert comme sa poche, cuisine d’excellents plats végétariens « spicy or not », fait ses propres chiapati (pains plats indiens) et ne se soucie que de ses dromadaires. Michaël, le plus calme et le plus grand que monte Leelou, Johnny, le petit dernier encore trop jeune pour être monté mais qui trépigne d’impatience, Little India, très calme et Popoyo qui ronchonne quand on lui met la selle. Un bel animal que le dromadaire. Beaucoup plus calme et obéissant qu’un cheval et beaucoup plus marrant à regarder quand ils imitent Jean Dujardin.

« Desert Life, no wife »
IMG_4850Bien qu’il répète cette sorte de « Hakuna Matata » à tout va pour amuser la galerie, Leelou a en réalité deux femmes dans sa vie. La mère de son bébé de cinq mois qui en attend déjà un deuxième et le désert. Une polygamie qu’il adore et qu’il n’échangerait pour rien au monde. « Je suis bien ici. C’est calme, paisible, pas de soucis. Desert Life. » A la nuit tombée, autour d’un feu que chacun alimente doucement pour faire durer et de quelques bières, Leelou chante des histoires d’amour et tape sur les jerricanes vides. Un moment propice pour de bonnes conversations. Et dans le désert comme ailleurs, on parle de tout et de rien. Même du prix modique des forfaits de téléphone en Inde. Car le chamelier reste néanmoins toujours connecté avec son patron, le propriétaire des chameaux, et sa femme qui aime savoir où il est et avec qui quand même.

IMG_4931Une vie paisible donc qui s’écoule au rythme du soleil qui dicte les heures de repas, de marche et de sommeil. On apprend la lenteur, la débrouille et on contemple les étoiles. Desert Life.

Voir aussi : le diaporama « Desert Life »
Et : le diaporama « Jaisalmer: la forteresse sortie du désert »

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Le test de la semaine : les transports « à l’arrache » en Inde

Le rickshaw « blindé »
inde-transport-rickshawLe rickshaw est le moyen de transport le plus utilisé en ville. Il est pas cher, rapide, puisqu’il zigzag entre les piétons, les vaches, les chiens, les motos, les voitures et j’en passe, et on est en plein air, même si celui-ci est souvent très pollué et poussiéreux. Tout ça c’est très bien mais le vrai bon plan c’est de prendre un rickshaw collectif « blindé ». Et là, les prix défient toute concurrence. Pour faire une heure de route nous avons payé 150 roupies, soit un peu plus de 2 euros. Imbattable. Même les bus gouvernementaux tout pourris ne proposent pas mieux. En revanche, on était huit dans un quatre places, les bagages sur les genoux du conducteur et sur le capot et un genou en dehors du rickshaw. C’est tendu, surtout en montée, surtout en descente et surtout dans les virages, mais on rigole bien.

Le bus gouvernemental « pas cher et super dangereux »

IMG_4346Tous les guides de voyage vous le diront : « ne prenez surtout pas les bus gouvernementaux et encore moins la nuit. » Ne les écoutez pas. Ces conseils sont bons pour les fils d’ambassadeurs qui ne sont jamais sortis du lycée français de leur ville en exil. Les bus gouvernementaux, c’est top. Ca pue, les fauteuils font mal aux fesses au bout d’une heure, et pour faire 250 km comptez seulement 9 heures de route. Le pied. Mais c’est la nuit que le Routard passe vraiment pour un guide de boys scoots. Nous vous conseillons tout particulièrement le bus de nuit dans les montagnes perchées à 2000 m d’altitude entre Manali et Dharamsala. Que du bonheur. Des virages en épingle au bord des ravins sans rails de protection à fond la caisse, des routes truffées de nids de poules que l’on survole pied au plancher et la douce musique de l’embrayage qui hurle à chaque changement de vitesse. Quand à la pression des pneus, ne vous en faites surtout pas. Le chauffeur, qui a dû travailler dans une écurie de Formule 1, vérifie ça en deux secondes chrono en tapotant sur le pneu avec une pierre pour écouter l’écho. Un travail de précision déconcertant. Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, sachez que pour rejoindre Dharamsala depuis Manali, soit 250 km, vous ne mettrez que 10 heures. Un clin d’oeil dans l’espace temps.

Le train de nuit « qui pue des pieds »
IMG_4567Le train est le moyen de transport le plus utilisé par les Indiens. On peut donc croiser dans ces wagons toutes les catégories sociales indiennes. C’est très étonnant. On les distingue déjà sur le quai et on sait dans quel wagon on n’aimerait pas monter. Si vous avez aimé le rickshaw blindé et/ou le bus pour suicidaires, je vous conseille la catégorie « sleepers ». Ce sont des wagons plein comme des oeufs où beaucoup d’Indiens montent sans même avoir de ticket. Autant vous dire que la ligne 13 du métro parisien à 8 heures du mat’ à côté, c’est de la rigolade. Ici on se marche dessus, on porte sa valise sur la tête et on attend l’arrivée 12 heures plus tard pour aller pisser. Mais si vous êtes plutôt un pied tendre, comme nombre de touristes, nous vous conseillons les classes 2A et 3A avec l’air climatisé qui vous enrhume en seulement quelques heures. Là vous n’aurez qu’à esquiver les centaines de pieds nus qui dépassent des couchettes pour trouver un bon petit lit de la taille d’une boîte d’allumettes avec une couverture qui pique.

Pour tout le reste, il y a Mastercard mais comme on dit ici « This is I.N.D.I.A », comprenez I Never Do It Again.

Voir aussi : les transports en Inde en photos

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